La France est un pays d’excellence scientifique, mais notre souveraineté sanitaire reste fragile

Publié le 1 avril 2026 par Caroline Bernard
Presse

La France s’apprête à accueillir le One Health Summit. Un symbole fort. Mais peut-on parler de souveraineté sanitaire sans une recherche médicale forte ? La question doit être posée sans détour. La France est un pays d’excellence scientifique, mais notre souveraineté sanitaire reste fragile. Chaque jour, des innovations thérapeutiques naissent ailleurs alors qu’elles pourraient être découvertes ici. La recherche médicale, essentielle pour innover et soigner, se heurte encore trop souvent à des délais réglementaires et à la complexité des parcours de soins. La souveraineté sanitaire est trop souvent réduite à une question de production : masques, principes actifs, chaînes d’approvisionnement. Or, si c’est une condition nécessaire, cela est loin d’être suffisant. Avant l’usine, il y a le laboratoire ; avant le médicament, la molécule ; avant la molécule, la recherche fondamentale, clinique, universitaire, hospitalo-universitaire, translationnelle. C’est elle qui détermine si les thérapies de demain seront découvertes à Paris, à Boston ou à Pékin.

La France dispose d’un écosystème puissant pour les essais cliniques : bioclusters dynamiques, IHU, recherche académique hospitalo-universitaire de haut niveau, startups innovantes et talents remarquables. Mais cet élan se heurte à une complexité réglementaire qui ralentit la recherche et retarde l’accès des patients à l’innovation. Il est urgent de simplifier et d’accélérer : procédures Fast Track, guichets uniques, soutien aux phases précoces. Rapidité, sécurité et efficacité sont indispensables pour transformer nos découvertes en traitements. Ce qu’il manque, c’est un cap. La question n’est pas seulement financière. C’est une question de gouvernance, de compétence et d’attractivité. Chercheurs, cliniciens, équipes de R&D s’installent là où les conditions sont réunies. D’ailleurs, le gouvernement français l’a bien compris en appelant les chercheurs américains à venir s’installer en France.

Une politique de recherche médicale souveraine n’est pas seulement une question de milliards, c’est un écosystème où chaque maillon est essentiel : des laboratoires académiques, des universités et des établissements de santé étroitement articulés entre recherche, formation et soins, une industrie performante, des bioclusters et pôles de compétitivité dotés d’une enveloppe budgétaire pérenne, des centres de recherche translationnelle capables de faire le pont entre la découverte fondamentale et le développement industriel, et enfin, un cadre fiscal incitatif sur le long terme. Elle suppose également une organisation territoriale cohérente, permettant de rapprocher recherche, innovation et accès aux soins au plus près des populations.

La France a tous les atouts pour redevenir un leader européen de l’innovation thérapeutique.

Cette donne géopolitique, d’autres l’ont bien comprise. Les États-Unis et la Chine font de l’innovation un outil de puissance, au même titre que les métaux rares ou l’énergie. La Chine s’impose désormais comme le deuxième développeur mondial de médicaments, avec près de 30 % du réservoir mondial d’innovation. Financer la recherche aujourd’hui, c’est disposer d’un rapport de force sanitaire pour demain. N’oublions pas les leçons de la pandémie de Covid-19.

La France a progressivement vu se fragiliser cette chaîne «innovation - production». Non pas brutalement, mais par une érosion silencieuse et systémique. Les signaux sont nombreux : budgets arbitrés à court terme ; un cadre global qui peine encore à reconnaître pleinement la valeur de l’innovation et à sécuriser les conditions de son développement dans la durée. Dans une industrie où le cycle de R&D dépasse dix ans et où la construction d’une usine prend cinq ans, ces signaux ne freinent pas seulement la production en aval, ils tarissent la recherche en amont.

Le One Health Summit est une opportunité. Non pas pour célébrer ce que la France a été, ni même ce qu’elle est encore, mais pour décider ce qu’elle veut être. Une souveraineté sanitaire digne de ce nom se construit dans le temps long, et chaque jour compte. Elle suppose des financements sanctuarisés pour la recherche et l’investissement dans l’innovation , notamment pour les établissements publics de santé, qui en sont des piliers, une gouvernance lisible, des écosystèmes réellement connectés à l’industrie, et une politique de santé pleinement orientée vers les besoins des patients et des territoires. Elle appelle également un cadre pluriannuel clair et lisible, à l’image d’une loi de programmation en santé, permettant de donner de la visibilité à l’ensemble des acteurs.

La France a tous les atouts pour redevenir un leader européen de l’innovation thérapeutique : excellence scientifique, infrastructures de pointe, bioclusters, IHU et écosystèmes dynamiques. Mais cela suppose de lever les freins réglementaires, de renforcer la recherche translationnelle et clinique, et de mieux soutenir les startups. Remettre la recherche au cœur de notre stratégie est une urgence nationale. La France peut convertir son excellence en innovations, en emplois qualifiés et en souveraineté sanitaire. Il est temps de changer de cap.